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Format 13 x 19 cm
88 pages
ISBN 978-2-37427-045-6
Parution 4eme trimestre 2020

Continuo

Le héron là-bas

presque indiscernable, sur l’autre rive
je l’ai regardé longtemps
il ne bougeait pas
attentif, inaccessible

il convertissait en silence
le fracas de la chute d’eau.

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Ce qu’ils en disent

 

Alain Roussel (En attendant Nadeau –  à paraître)

Un hymne à l’existence immédiate, dans son quotidien le plus banal, c’est ainsi que se donne à ressentir le livre de Didier Henry« Continuo ». Jamais rassasié de ce qu’il voit, de ce qu’il entend, que ce soit dans les territoires urbains – Paris, Bruges, Le Caire ou ailleurs – ou dans la campagne, il traverse la vie, s’abandonnant à toutes les sensations qui vont s’offrir à lui au cours de sa flânerie. Cependant, le souvenir n’est jamais loin, qui vient parfois se greffer sur le présent : « Des choses d’enfance ? La chaîne/de la balançoire, dans le jardin de l’apiculteur/je l’entends grincer. ». Comme l’indique l’un de ses titres précédents, ce sont des instantanés, et ce poète a l’œil photographique et le sens de l’improvisation, en « basse continue ». Toujours « entre la page et le paysage », il cherche à tâtons un accord avec le monde : « Le héron là-bas/presque indiscernable, sur l’autre rive/je l’ai regardé longtemps/il ne bougeait pas/attentif, inaccessible//il convertissait en silence/le fracas de la chute d’eau. »

Michel Ménaché (Europe – mai 2021)

Après Instantanés, chez le même éditeur, Didier Henry, poète et photographe, explore son passé, visite son environnement, avec le regard, l’esprit libre d’un Raymond Carver ou d’un Franck Venaille, et d’autres clochards célestes, promeneurs sans frontières, qui ont choisi le poème, le regard photographique, l’esquisse elliptique, pour dire leur époque, leur rapport précaire au monde. Didier Henry retrouve aussi, en situation, au simple accord d’une guitare, « [son] accord avec la vie ! » 

Le recueil s’ouvre avec Airs de flâner, sur un pont de Paris. Aux présences réelles se mêlent les figures livresques : « Les passants, les héros de romans, / le son de leurs pas dans le temps / et la rivière haute, d’un vert de mer / sous l’arche, rapide comme la vie ! » Les fallafels de la rue des Rosiers qu’on mange debout, un immigré africain qui tombe du ciel, -mort congelé-, dans un jardin, « strange fruit », une gravure –« les lunettes de Franz Schubert » penchées sur un lied, « tout près de la mort, toute peine adoucie »-,  une rêverie au bord d’un caniveau, l’attente déçue dans une gare… Petits rien, petits drames, faits divers tragiques, notés d’une touche d’encre vive, l’air de rien.

De l’école de la vie à la traversée des villes, le poète découvre et apprend le monde, à Nancy, à Bruges, etc. Au Caire, place Tahrir, il décrit le printemps arabe se désagrégeant en haute misère, en rage des rues : « sur le toit terrasse de l’Hôtel des Roses / contemplant à perte de vue / les abris de fortune sur les toits alentour, / une autre ville par-dessus la ville… » Au passage, il souligne une complicité posthume avec Albert Cossery : « La police […] tremble devant l’humour des mendiants / et orgueilleux éclopés. » Sous la pauvreté grouillante, couve le désordre insurrectionnel : « myriades d’enfants / espiègles impudiques voleurs, […] ô peuple soulevé ô nostalgie / c’est trop d’honneur / que les révolutions parlent français, / les révolutions trahies. » En Méditerranée, il est Ulysse « quand le ferry entre dans la rade. » Humour et désillusion : n’a-t-il pas repéré une rue Homère dans une ville non nommée ? – « Une bien petite rue, néanmoins. / Et probablement, un homonyme. » De Besançon, Square Castan de nuit, deux souvenirs s’y télescopent : celui du jeune voyageur qu’il fut rencontrant le fantôme de Julien Sorel, celui de la montre qu’il consultait alors, « pas encore une Lip », -gloire future de l’autogestion assumée -. Simple remarque, message implicite !

Dernier mouvement, Continuo rassemble des tableaux mémoriels jouant sur les sensations éprouvées, reconstruites dans le poème, avec une pointe de nostalgie ou d’autodérision : « Quelque chose manque à la nuit / le silence est trop épais, pas assez tendu / je crois que c’était ma jeunesse, mais non / ce sont seulement les grillons… » Dans Heure d’été, un paysage de campagne est habité par le spectacle de la nature, tels les animaux des fables de La Fontaine, bruits, avec aboiements et chants d’oiseaux. La mythologie rencontre le monde réel comme dans un décor de théâtre. Dans Visiteur de nuit, c’est la vision troublante du frère absent que l’auteur reconnaît devant le miroir : « Je me suis dit que je devais aller bien mal / pour le trahir ainsi. » Au barrage de Puech, un oiseau pose comme figé pour un peintre ou un photographe. Moment de grâce presque surnaturel : « Le héron là-bas / presque indiscernable, sur l’autre rive / je l’ai regardé longtemps / il ne bougeait pas / attentif, inaccessible // il convertissait en silence / le fracas de la chute d’eau. »

Du jeune homme révolté au poète du regard, il y a l’apprentissage du don, non uniquement du talent cultivé, mais la capacité sensible de restitution : « Le cri, le chant / ce qui nous reste / Le peu qui nous reste. Tenez… » Continuo bien reçu !